Sportwashing : Quand le sport détourne les regards
- Zoé Daix
- 6 mai 2025
- 4 min de lecture
Le sport rassemble, inspire et émerveille. Pourtant, derrière les exploits athlétiques se cache une réalité moins glorieuse : le sportwashing. Cette pratique permet à des États et entreprises de redorer leur image grâce au sport, tout en détournant l'attention des scandales qu’ils commentent. Comme le greenwashing permet aux entreprises de paraître plus écologiques qu'elles ne le sont, le sportwashing donne une apparence de respectabilité à des acteurs qui en manquent cruellement.
Les crimes derrière la vitrine sportive
L'Arabie Saoudite utilise habilement le sport pour masquer ses graves violations des droits humains. Entre exécutions pour homosexualité, bombardements au Yémen (14 000 victimes civiles selon l'ONU) et la répression des droits des femmes, le pays s'offre pourtant une image moderne grâce au rachat de Newcastle United, au LIV Golf et au Grand Prix de F1 à Jeddah.
Le Qatar est aussi bien connu du sportwashing avec sa Coupe du Monde 2022, construite sur le dos de milliers d'ouvriers migrants - 6 500 morts selon les estimations - dans des conditions de travail inhumaines. Dans ce pays où l'homosexualité est punie de prison, l'acquisition du PSG et les sponsors sportifs servent à blanchir la réputation.
Les Émirats Arabes Unis complètent ce tableau préoccupant. Derrière les gratte-ciel de Dubaï se cachent des chantiers où le travail forcé est monnaie courante. Le rachat de Manchester City, l'organisation du GP d'Abu Dhabi en F1, et du UAE Tour en cyclisme offrent à ce régime une respectabilité bien éloignée de ses pratiques réelles.
Mais les pays du Moyen-Orient ne sont pas les seuls coupables, les Etats-Unis aussi exercent le sportwashing mais « light », donc plutôt comme un soft power économique. Un exemple, celui du Grand Prix de Miami qui a eu lieu ce week-end dans l’état de Floride. Alors que ce GP met en scène la grandeur glamour des USA à travers ses célébrités et leurs yachts, la Floride est un état, parmis tant d’autres, où les inégalités sociales sont importantes, où 20% de la population est sous le seuil de pauvreté. En 2021 il n’y avait qu’un Grand Prix américain affiché au calendrier, celui d’Austin, en 2025, trois Grand Prix auront lieu aux USA (Miami, Austin, Las Vegas). Une expansion justifiée par le propriétaire de la Formule 1 qui n’est autre que Liberty Media, un grand groupe de presse américain.
Un sport dénaturé par l'argent
Cette mainmise financière transforme progressivement le sport en outil géopolitique. Prenons l'exemple de la Formule 1 : les circuits légendaires comme Spa-Francorchamps, adorés des pilotes et des fans, voient leur place au calendrier menacée par de nouvelles installations au Moyen-Orient. Le GP du Qatar et de l'Arabie Saoudite sont coincés au calendrier jusqu'en 2032 et 2035 car les organisateurs sont prêts à payer bien plus cher que tout le monde pour accueillir la course. Pour donner une idée de chiffre, l’Arabie paye trois fois plus cher que la Belgique pour avoir droit à un Grand Prix sur ses terres… La loi du plus riche gagne, au dépend de la qualité du sport car ces circuits ne sont pas les plus chargé en histoire, et pire encore, leur construction s'accompagne fréquemment de scandales humains.
Les sponsors étatiques (le géant pétrolier saoudien Aramco, Qatar Airways ou Emirates) renforcent cette emprise, transformant les compétitions en outils de soft power. Résultat : du sport utilisé comme un outil géopolitique, du sport sali lorsqu'il prend place dans des lieux érigés par des ouvriers sous-payés, bref, du sport qui perd en crédibilité.
Une expansion inquiétante
Le phénomène ne se limite pas au football ou à la F1. Le cyclisme voit se multiplier les équipes soutenues par des régimes autoritaires, comme Bahreïn Victorious ou UAE Emirates. Le golf n'échappe pas à la règle avec le LIV Golf soutenu par l'Arabie Saoudite, un état qui organise aussi des tournois de boxe internationaux pour attirer des stars, des investisseurs et du public, comme en 2024 avec le duel Fury-Usyk de la WBA. Depuis 2019, l’organisation du Paris-Dakar décide de déplacer la course dans le pays très controversé qu’est l’Arabie Saoudite, en répondant à l’appel de l’argent. Et à venir en 2029, les jeux d’hiver à Neom, une ville futuriste en construction dans le désert saoudien.
Ces investissements massifs permettent à ces pays d'organiser des événements prestigieux comme la Coupe du Monde au Qatar ou les Jeux Olympiques d'hiver en Chine, détournant habilement l'attention des violations des droits humains.
Les voix qui résistent
Face à cette emprise grandissante, peu de voix s'élèvent mais celle de Lewis Hamilton, septuple champion de F1, fait régulièrement apparition. Notamment avant le Grand Prix de Djeddah en 2021 où il déclarait en portant un casque aux couleurs arc-en-ciel LGBTQI+ "C'est effrayant d'être ici. Les lois anti-LGBTQ+ sont inacceptables. Des gens sont tués ou emprisonnés juste pour être qui ils sont." Ou encore, « "On sait pourquoi certains pays investissent dans le sport. C'est une tentative de blanchir leur image, et nous, pilotes, sommes un peu leurs mascottes." (2022). Il a aussi déclaré en 2022, après une attaques de drones yéménites proche du circuit de Djeddah : "On nous a mis en danger. Pourquoi la F1 est-elle ici alors qu'il y a tant de problèmes ?"
Mais la F1 n'a pas changé son calendrier. Le Grand Prix saoudien y reste car chaque année il rapporte 100 millions de dollars par an. Les institutions sportives préfèrent souvent l’argent aux principes, laissant ces régimes s'offrir une respectabilité non méritée à travers le sport.
Le sportwashing représente une menace croissante pour l'intégrité du sport. Ce qui était autrefois un terrain de passion et de dépassement devient progressivement un outil de propagande et de blanchiment d'image. Bien que le sport ai toujours été politique, c’est aujourd’hui devenu une problématique inacceptable.
La prise de conscience des supporters, des médias et des athlètes sera déterminante pour préserver les valeurs sportives. Sans une réaction collective, les stades et compétitions risquent de n'être plus que des vitrines luxueuses pour régimes autoritaires, loin de l'idéal sportif originel.

Commentaires