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Mickey 17 : Le retour du maitre

Dernière mise à jour : 14 avr. 2025

Le mercredi 5 mars est sorti dans nos salles Mickey 17, dernier film de Bong Joon-ho. Le dernier long-métrage du monsieur (Parasite) ayant gagné l’oscar du meilleur film, il est peu dire que les cinéphiles attendaient au tournant sa nouvelle production. Mais est-elle seulement à la hauteur ? Quel est le résultat de la rencontre entre l’un des plus grands génies de son temps et l’industrie hollywoodienne ?

 

Dans un avenir où le clonage et la conquête spatiale ne sont plus de la science-fiction, Mickey Barnes, un jeune homme endetté jusqu’au cou et cherchant à fuir son créancier, s’engage en tant que remplaçable dans une expédition pour coloniser une nouvelle planète. Le twist, sont job est de mourir encore et encore dans les missions les plus dangereuses et les tests les plus sadiques et de se faire réimprimer à chaque fois pour perpétuer ce macabre cycle. Après une mission particulièrement chaotique, la 17ème version de Mickey rentre chez lui et se rend compte avec horreur qu’une erreur a été faite, une deuxième version de lui-même a été imprimée. Or, le règlement est très clair : en cas de doubles, les deux individus doivent être exterminés.


Du Bong Joon-ho tout craché

Le film s’inscrit dans la pure lignée de la filmographie de Bong Joon-ho. Au fil de ses long-métrages se sont dessinées des thématiques et des caractéristiques récurrentes. On peut citer la défense de la cause animale (déjà présente dans son premier film, Barking Dog, ou évidemment dans Okja) ou encore un humour cartoonesque (présent dans Snowpiercer avec le personnage de Tilda Swinton ou encore dans Okja avec celui de jake Gillenhaal). Beaucoup ont critiqué cet humour, argumentant parfois qu’il a été forcé dans le film par la machine hollywoodienne, mais c’est mal connaître son réalisateur et sa filmographie.

Mais la thématique qui nous fait nous dire qu’on regarde bien un film de Bong Joon-ho, c’est la lutte des classes : le train divisé en classes sociales distinctes dans Snowpiercer, la famille pauvre vivant au crochet d’une famille riche dans Parasite, et maintenant le prolétaire exploité par une entreprise capitaliste pour qui il n’est plus qu’un objet remplaçable… difficile d’être plus explicite. Mais la critique sociale ne s’arrête pas là. C’est en effet à l’Amérique plus précisément que s’attaque le réalisateur. En plus du capitalisme, le film dénonce l’impérialisme américain et mets en lumière les heures sombres de l’Histoire de l’oncle Sam. Lors d’un dialogue, un des personnages s’oppose au massacre des créatures présentes sur la planète Niflheim (l’objectif de l’expédition) et argumente que les humains sont les étrangers et n’ont aucune légitimité sur ces terres. Difficile de ne pas y voir une allégorie de la question des populations natives aux Etats-Unis. Mais la plus flagrante référence aux States tient dans le personnage de Kenneth Marshall interprété par Mark Ruffalo. Que ce soit dans la façon de parler, la gestuelle ou bien tous les éléments iconographiques autour du personnage, il est impossible de ne pas y voir une très claire référence à Donald Trump. Et vu à quel point le monsieur est ridiculisé tout au long du film, cela donne une idée de la place qu’occupe le président américain dans le cœur de Bong Joon-ho. Mais le plus drôle dans l’histoire, c’est quand on se souvient que ce film critiquant ouvertement les Américains a été financé par les Américains eux-mêmes. Il fallait l’oser !

 

Multiples Mickey, multiples talents

Il n’y a cependant pas que le scripte et la réalisation qui sont à l’origine du rapprochement entre Trump et Marshall. Rendons à César ce qui est à César, la prestation de Mark Ruffalo y est pour beaucoup. L’acteur est hilarant et capte à la perfection l’essence du clown qui se pense glorieux. Il faut également noter la performance de Toni Colette dans le rôle de Ylfa, la femme de Marshall. Le personnage est tout aussi abjecte que son mari, avec une touche de folie en plus. Les deux forment un duo particulièrement drôle et l’humour du film repose en grande partie sur eux.

De manière générale, le casting du film est l’une de ses grandes forces. Mais s’il y a bien un acteur qui sort du lot, c’est évidemment Robert Pattinson. C’est assez incroyable que l’un des acteurs les plus séduisants d’Hollywood et dont le dernier rôle n’est autre que Batman soit à ce point convainquant quand il s’agit de jouer un personnage lâche qui se fait constamment marcher sur les pieds. Pattinson insuffle dans le personnage de Mickey 17 une fragilité et une innocence qui le rend très attachant. Mais l’exploit ne s’arrête pas là. Car comme dit dans la partie résumé, le personnage se verra à un moment du film affublé d’un double. Et c’est un vrai exercice pour l’acteur, car les deux versions de Mickey ont des personnalités diamétralement opposées. Mickey 17 est trouillard et pacifique là où Mickey 18 est téméraire et cherche à se venger. Exercice réussi avec brio, l’acteur passant d’une personnalité à l’autre avec une aisance impressionnante.

 

Un héritage pesant

Concernant la réalisation, bien que le film soit très bon, il souffre malheureusement de la comparaison avec Parasite. Le film n’a pas comme son prédécesseur cet art du plan extrêmement stylisé et cette façon de raconter beaucoup avec un choix de cadrage brillant (le plan de la fenêtre de Parasite est sans doute l’un des plus iconiques du cinéma de la dernière décennie). Le film n’est pas dénué de plans travaillés bien sûr, mais on ne peut s’empêcher d’aller en salle avec le lauréat de l’Oscar du meilleur film de 2020 en tête et de ressortir un tantinet déçu des visuels. C’est en tout cas l’avis de beaucoup de gens à la sortie des salles obscures. Mais ce serait malhonnête de le reprocher au film, cette critique ne portant pas vraiment sur l’œuvre en elle-même mais plus sur la place qu’elle occupe dans la filmographie de son réalisateur. Si le film était sorti avant Parasite ou avait été réalisé par une tout autre personne, la remarque n’aurait pas eu lieu d’être. Il y a fort à parier que dans dix ans, quand l’ombre de Parasite ne planera plus au-dessus du film, il sera apprécié à sa juste valeur.

 

 

En résumé : un très bon film, une satyre sociale piquante et des acteurs au top. Tout ce qu’on attend de Bong Joon-ho en somme ! Si vous êtes fan du réalisateur coréen, foncez ! Tout ce qui constitue son cinéma se retrouve dans son Mickey 17. Si vous êtes fan de science-fiction, foncez ! Son propos sur l’aliénation d’un système capitaliste sur les individus et les questions éthiques posées par les avancées de la science en font un très bon objet d’analyse. Et enfin si vous aimez juste voir des bons films, foncez ! Celui-ci est une valeur sûre.

 

 

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