La réforme des médias de proximité, un risque pour les jeunes journalistes ?
- Julien Gillet
- 19 mai 2025
- 4 min de lecture
La ministre de la Fonction Publique et des Médias Jacqueline Galant a mis en garde les 12 médias de proximité en Belgique francophone. La raison principale : les caisses de l’État sont vides et des économies doivent être faites. Entre coupes budgétaires et réduction de personnel, quel sera l’impact sur les jeunes journalistes ?
Comme la ministre a tendance à le répéter, les médias locaux sont sur la sellette.
Mais que propose-t-elle pour y remédier ?
Sa mesure principale : faire passer le nombre de médias locaux de 12 à 6. Selon elle, les médias de proximité coûtent trop cher à la Fédération Wallonie-Bruxelles alors que certaines fusions pourraient avoir lieu pour rationaliser les dépenses.
Les médias de proximité, une deuxième école actuellement menacée ?
Les médias locaux ne sont pas toujours la première idée de lieu de stage où se dirigent les étudiants en journalisme et pourtant, ils restent des portes d’entrées regorgeant d’opportunités avec beaucoup de points positifs.
Comment se fait-il que plusieurs professeurs invitent fortement leurs élèves à effectuer des stages dans ces endroits ? Nordine Nabili, Président du Master en Presse et informations à l’IHECS, a peut-être la réponse.
« C’est souvent la première porte, je dirai même une deuxième école après un parcours académique. Ce sont les premiers moments de stage, les premières piges, les premiers CDD. L’avantage de ces médias c’est que nous sommes sur un journalisme très précis, très concret avec des interlocuteurs et des acteurs qui maîtrisent parfaitement leur quotidien et les projets locaux. ».
D’un autre côté, les médias de proximité ont également des faiblesses dont l’une est le modèle économique des médias, modèle qui est encore et toujours de plus en plus menacé. Malgré cette faiblesse, Nordine Nabili insiste sur l’expérience que peut apporter un passage professionnel dans un service local.
« C’est un exercice assez intéressant d’un point de vue de la pratique journalistique, notamment en début de carrière. Lorsqu’on a fait un peu de local, on est vraiment bien armé. Pour moi, le média local c’est souvent un peu la mise en pratique réelle après une formation solide. ».
De nos jours, cette ‘’deuxième école’’ sert de plus en plus aux jeunes journalistes, un avis que partage Julien Modave, Directeur général de Qu4tre Liège Média ;
« Les médias de proximité sont des incubateurs de talents. Les jeunes journalistes mais également les caméramans qui se font la main, le font généralement dans les médias de proximité. C’est en début de carrière qu’on découvre les talents de demain. »
Malgré un certain entrain de la part de certains étudiants désireux d’explorer les structures locales, plus faciles d’accès et enclines à aider les jeunes à progresser dans ce milieu très compétitif, est-ce que cette nouvelle réforme risque de mettre en danger ce tremplin ?
« Il n’y a pas de crainte à avoir, on sera toujours ce même laboratoire incubateur, le modèle économique des médias de proximité ne changera pas. » Insiste, Julien Modave.
Un optimisme partagé par Nordine Nabili mais avec quelques nuances à apporter.
« Tout ce qui rétrécit le champ de l’information des citoyens, rétrécit de facto l’intégration des jeunes journalistes. Mais c’est une situation qui est là aujourd’hui, ce qu’on ferme d’un côté, on le réouvre de l’autre mais de manière différente. Votre génération est amenée à réfléchir à la création de nouveaux médias, à venir avec des idées et être créatifs ou alors d’apporter un projet éditorial à un média déjà existant. ».
Une perte de liberté éditoriale ?
Une autre force des médias locaux, c’est l’ancrage local et ultra-local qui permet une grande diversité des sujets mais également une liberté rédactionnelle et une confiance envers ses stagiaires. Cependant, la Ministre Jacqueline Galant trouve une faiblesse dans ce type de fonctionnement. Elle parle d’un isolement, les médias de proximité travaillant très souvent seuls. C’est pourquoi elle propose une synergie avec le leader du secteur public, la RTBF, mais également des structures privées comme RTL. Mais ces collaborations annoncent-elles une fin d’une liberté rédactionnelle tant recherchée par les journalistes débutant ?
« Se rapprocher de la RTBF veut dire que le média pourrait utiliser nos moyens pour couvrir l'actualité locale et ultra locale. Qu4tre pourrait recevoir des injonctions pour faire les reportages. C’est une crainte car cela peut signifier une perte d’autonomie rédactionnelle. Est-ce que la RTBF et RTL aurait la main sur tout ? On ne sait pas encore. » Indique Julien Modave, Directeur général de Qu4tre Liège Média.
Le journalisme étant un métier de confrontation, les synergies sont déjà parfois difficiles à mettre en place au sein d’une rédaction. Nous sommes dans un métier où on demande aux journalistes d’avoir du caractère, de défendre leurs idées et projets, mettre ces acteurs autour d’une table et se mettre d’accord pourrait presque s’apparenter à un sport du combat.
Les synergies sont donc souvent difficile à mettre en place car les journalistes tiennent fortement à leur indépendance, à leur liberté, mais les difficultés économiques font que ces collaborations deviennent presque inévitable.
Mais est-ce peut-être un peu trop tôt pour parler de perte éditoriale ?
« On sait ce qui va arriver. La mise en place de synergies entre rédactions peut impacter l’éditorial, surtout si les médias concernés ont des identités très différentes. Pour les étudiants, cette configuration reste bénéfique, car elle permet de découvrir différentes méthodes de travail, mais la réduction du nombre de rédactions pourrait limiter les opportunités de stage. » indique Nordine Nabili.
Ces réflexions mettent en lumière le rôle crucial des médias de proximité. Malgré les défis économiques et les réformes futures, ils n’en restent pas moins un terrain d’apprentissage uniquement pour les jeunes journalistes.
Alors que l’écosystème des médias se redessine de jour en jour, les médias locaux restent toujours un tremplin essentiel vers une carrière journalistique solide.

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