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A Minecraft Movie, du jeu culte au film calamiteux

Dernière mise à jour : 14 avr. 2025



Ce 2 avril 2025 est sorti dans nos salles le film Minecraft adapté du jeu du même nom. Projet au développement plus que compliqué, il a mis onze ans à sortir des fourneaux de Warner et est passé par trois réalisateurs et sept scénaristes avant de tomber dans les mains de Jared Hess (Napoleon Dynamite, Nacho Libre), Chris Bowman et Hubbel Palmer. Mais cette attente en valait-elle la peine ? Avons-nous affaire à une œuvre faisant honneur au plus grand best-seller de l’histoire du dixième art ou bien une énième exécrable adaptation filmique d’un jeu-vidéo (attention spoilers) ?


Nulle raison de passer par quatre chemins : le film est épouvantable. Mais, et c’est là qu’il devient intéressant à analyser, il ne se contente pas d’être mauvais seul dans son coin. Il est un symptôme, et c’est une triste observation, d’un mal qui ronge l’industrie hollywoodienne.

 

 

Un film qui sent le réchauffé

Le synopsis, le voici : Steve, un homme passionné d'exploration, pénètre dans la mine interdite de sa ville et y découvre un mystérieux artefact qui ouvre un portail vers un monde cubique où tout est possible, l’Overworld. Il y bâtit une nouvelle vie jusqu’à ce qu’un second portail libère une menace : la sorcière Malgosha et son armée d’hommes cochons, les Piglins. Capturé, Steve confie l’artefact à son chien Dennis, qui l’emporte dans le monde réel.

Des années plus tard, un ancien champion de gaming déchu, Garrett Garrison, découvre l’orbe. En parallèle, Henry, un garçon inventif mais incompris, et sa sœur Natalie s’installent en ville après la mort de leur mère. Par un concours de circonstances, Henry, Garrett, Natalie et leur agente immobilière Dawn sont projetés dans l’Overworld où ils rencontrent Steve.

Après moultes péripéties, nos héros retrouvent la partie manquante de l’artefact leur permettant de rentrer chez eux mais se le font voler par Malgosha. S’en suit alors une ultime bataille dans laquelle le groupe d’aventuriers mettra en pratique tout ce qu’ils ont appris dans ce monde étrange pour venir à bout de la sorcière maléfique et son armée.

 

Ça vous semble familier ? C’est normal, le film ne prend aucun risque scénaristique et passe 1h40 à ressortir des poncifs vus et revus. La conséquence : rien ne nous surprend jamais. Quand Natalie et Henry se prennent la tête suite à un qui pro quo, on sait qu’ils se réconcilierons 20 minutes plus tard. Quand un des personnages se sacrifie pour permettre aux autres de s’enfuir, on sait qu’il reviendra à un moment critique lors de la bataille finale pour un deus ex machina. Minecraft fait partie de ces films qui donnent l’impression d’avoir déjà été vus plein de fois.

Qui plus est, l’intrigue du film pourrait tenir sur un post-it. En fait, on dirait presque par moment que le scénario est volontairement vide pour laisser un maximum de place à Jack black et Jason Momoa pour caboter et caler un maximum de vannes (on y reviendra). L’histoire est tellement simpliste que le film aurait pu ne durer qu’une heure sans qu’on ne perde une miette de l’intrigue.

Mais alors, que se passe-t-il pendant les 40 minutes restantes ? Du remplissage. Des gags qui ne font jamais mouches et qui ne font en rien avancer l’histoire. Au début du film, on nous introduit le personnage de Dawn qui nous apprend qu’elle tient un zoo ambulant dans sa voiture. Pourquoi ? Parce que c’est marrant. Lors d’une course poursuite, Jack Black et Jason Momoa font un 69 dans les airs (oui oui, vous avez bien lu). Pourquoi ? Parce que c’est marrant. A quatre moments du film, jack Black se met à chanter. Pourquoi ? Parce que c’est marrant, quand bien même ces moments semblent hors du film. Mais le comble du meublage, c’est le scénario secondaire où le personnage de la principale du lycée, interprété par Jennifer Coolidge, va en date avec un villageois de Minecraft arrivé dans le monde réel et lui confie ne plus avoir eu de rapports depuis longtemps. Vraiment, à quoi bon ?

Et si le synopsis est cliché, que dire des personnages ? Tous les archétypes possibles et imaginables sont présents : les enfants dont la mère est récemment décédée et qui emménagent dans une petite ville, le nerd créatif sans amis qui se fait bully à l’école, l’ex champion devenu has been qui n’a que ses gloires passées à faire valoir… ne manquait que le vieux flic désabusé et on avait le Grand Chelem. Mais bon, au moins les personnages clichés ont une personnalité, eux. Car ce n’est absolument pas le cas de Dawn, interprétée par Danielle Brooks, qui n’a aucune trajectoire émotionnelle, aucune évolution personnelle et aucune incidence sur l’avancée du scénario. C’est un personnage vide qui se contente de commenter l’action sans y prendre part.

Ce n’est donc ni par l’histoire, ni par les personnages que vous serez touchés par le film, et ce n’est certainement pas le scénario qui va venir changer la donne. C’est simple, il est plat. On ne sent aucune créativité, à aucun moment, ce qui est un comble pour un film Minecraft ! Jared Hess se contente de filmer ce qu’il se passe sans jamais essayer de raconter quelque chose avec sa caméra. Le moment le plus flagrant de ce manque d’inventivité est la bataille finale qui est d’une mollesse sans nom.

 

 

Un projet impossible

Dès les premières bandes-annonces, on pouvait faire un constat sur le film : il est moche. L’aspect cubique des décors et des personnages du monde de Minecraft ne colle absolument pas avec la texture réaliste collée dessus. Ajouté à cela les personnages en  prise de vue réelle qui semblent ne rien avoir à faire là et vous obtenez un cocktail bon à faire saigner les yeux. Ce n’est pas aidé par la surprésence de fonds verts et de créatures en CGI. C’est simple, rien ne semble palpable dans ce film, tout fait faux. Et il est difficile d’avoir peur pour les personnages quand aucune des créatures qu’ils affrontent ne semble présentes à l’écran.

Et cela ne vient pas, comme on pourrait le penser, de la qualité des effets spéciaux. Même avec 500 millions sur la table et les meilleurs studios d’effets spéciaux de l’industrie, le film n’aurait pas fonctionné visuellement. Les visuels de Minecraft le jeu fonctionnent justement parce que c’est un jeu, mais perdent tout leur sens une fois transposés dans un autre medium. Résultat : on sent de manière flagrante que le film est tiré d’un jeu vidéo et à aucun moment l’univers ne semble cohérent si on ne connait pas le jeu.

Et ça, le film en est parfaitement conscient. Les éléments de gameplay du jeu sont traités comme tel plutôt que d’être intégrés de manière cohérente à l’univers. Aucun travail d’adaptation n’a été fait sur ce projet. Rien n’a été modifié, tout a été transposé sans jamais se demander si ces éléments colleraient au médium cinématographique. Regarder Minecraft : le film, c’est comme regarder quelqu’un jouer au jeu mais avec un pack de texture réaliste et un skin de Jack Black sur le personnage principal.

 

Nous avons parlé de la forme, parlons maintenant du fond. Car il n’y a pas que sur le plan esthétique que le film a tenté de faire rentrer cylindre dans un trou carré. Minecraft, c’est un jeu d’ambiance. Que vous jouiez en mode créatif ou en survie, la solitude dans laquelle vous êtes plongé ainsi que les moments calmes accompagnés des musiques mélancoliques de C418 vous plongent dans une douce béatitude propre à Minecraft. Certes, le jeu possède quelques moments de tension et il est toujours possible de remédier à la solitude en jouant entre amis, mais vous finirez toujours par croiser ce sentiment au cours de votre partie. C’est pourquoi l’idée de Warner d’en faire une comédie d’action potache est à l’antithèse de ce que représente le jeu. C’est à croire que les personnes qui ont porté ce projet n’en n’ont rien à faire de Minecraft.

Et c’est là qu’on commence à mettre le doigt sur quelque chose. Le film n’a jamais eu l’intention d’être une lettre d’amour au jeu. Son seul but était de faire un maximum d’argent et Minecraft n’est qu’un prétexte, une licence que les gens connaissent et qui les feront se diriger en salle. C’est pour ça qu’autant de temps est attribué au cabotage de Jack Back et Jason Momoa. C’est pour ça que le scénario ne prend à ce point aucun risque. C’est pour ça aussi que le film monté comme une vidéo Tik Tok, avec des séquences surcutées et une tension qui ne se relâche jamais pour ne surtout pas perdre notre attention. On ne donne aux gens que ce qu’ils veulent, que à quoi ils sont habitués en espérant bien se remplir les poches derrières.

Et le pire, c’est que ça marche. Le 10 avril 2025, soit une semaine après sa sortie, le film comptabilisait un total de 351 millions de dollars de recette pour un budget de 150 millions. Les producteurs estiment que le film atteindra la barre du milliard. C’est déprimant. Non seulement parce que ça va conforter Hollywood dans sa position et le convaincre de sortir, non seulement une suite, mais aussi toujours plus de remakes, reboots, suites et adaptations (pour vous donner idée, à la Cinemacon 2025, événement durant lequel les différents studios américains annoncent leurs projets à venir, seuls trois films sur les 3- étaient 100 originaux). On ne cherche plus à créer, on cherche à capitaliser. On ne veut plus raconter des histoires, on veut vendre des marques. Ce que Hollywood semble avoir oublié, c’est que même les plus grandes franchises ont un jour été des paris risqués. Aujourd’hui, on préfère empiler les clones, en espérant que l’odeur familière suffise à masquer le vide qu’ils contiennent.

 

Minecraft : Le film, c’est donc moins une adaptation qu’un produit dérivé, une coquille clinquante qui se contente d’agiter des références devant nous en espérant que notre nostalgie fera le reste. Il ne rend pas hommage à l’univers du jeu, il l’exploite. Et tant que ce modèle continuera de remplir les salles, il ne changera pas. Alors oui, on peut rire un bon coup en voyant Jack Black chanter une chanson sur un poulet cuit, mais après ça, il ne reste rien. Rien qu’un mauvais film de plus à ajouter à la (trop) longue liste des adaptations vidéoludiques ratées. Et c’est peut-être ça, le plus triste.

 

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